Le jour où Ryanair m’a interdit d’embarquer dans un avion avec mon fauteuil roulant

Ryanair Charleroi PMR Handicap fauteuil roulant

Il y a quelques mois, j’avais partagé avec vous un de mes voyages en avion avec Ryanair, entre Bruxelles et Porto. C’était mon premier vol en solo depuis que je suis en fauteuil roulant, et l’expérience avait été plutôt positive (si on oublie les quelques négociations par mail une semaine avant mon départ)…
Il y a une dizaine de jours, à mon retour de Budapest, j’ai vécu ma pire expérience de voyage, et de loin. Grâce à Ryanair. Et aujourd’hui, j’ai pris la bonne résolution de ne plus jamais voyager avec cette compagnie.

Des histoires comme la mienne, j’en avais déjà lues quelques unes. J’espérais bien que ça ne m’arriverait jamais… Malheureusement, c’est arrivé.
Le samedi 18 juin, à l’aéroport de Budapest, on m’a tout simplement interdit d’embarquer. Pas à cause de mon handicap, non. À cause de mon fauteuil roulant. Ou plus précisément, à cause de sa batterie. Mais interdire à une personne handicapée de voyager avec son fauteuil roulant, c’est comme interdire à un passager valide de voyager avec ses jambes !

Retour sur mon pire souvenir de voyage…

Airport Budapest

Samedi 18 juin, 17h. Avec près de 3h30 d’avance, j’arrive à l’aéroport. Le check-in n’ouvre que 2h avant le vol, mais la compagnie conseille aux personnes à mobilité réduite d’arriver 3h avant le décollage. Je ne comprends pas vraiment pourquoi, puisque, en arrivant devant le comptoir, on me remballe en me disant de revenir dans 1h30… Soit. Je profite de cette attente pour trier mes photos dans un café.

À 18h30, je retourne comme prévu au check-in. Je tends alors mon billet et ma carte d’identité à l’employée, comme d’habitude. Sauf que, cette fois, tout ne se passe pas comme d’habitude… L’employée m’annonce, d’un ton très calme, que je n’ai pas le droit d’embarquer avec ce type de fauteuil roulant. Sur le moment, je ne suis pas certaine de comprendre. Mon cerveau met un petit moment avant de réaliser ce qui est en train de se passer.
Je tente de lui expliquer que je n’ai pas eu le moindre souci de ce genre à l’aller, et que j’ai reçu plusieurs mails me confirmant que je pourrais voyager avec mon fauteuil. « Désolée, c’est une décision de Ryanair, la règlementation a changé depuis le 1er juin. Toutes les batteries au lithium sont désormais interdites ». Pourtant, mon vol aller a eu lieu le 12 juin. Et les mails de confirmation (qu’elle refuse de lire) ont été envoyés la semaine précédent mon départ, donc après le 1er juin ! « Alors, ils n’auraient pas du vous laisser embarquer à Charleroi. Je ne peux rien faire pour vous, merci de vous rendre au Ticket Office pour faire rembourser votre billet ».

Bon, ça ne sert visiblement à rien d’insister. Ses déclarations ne tiennent pas la route, d’autant que, si toutes les batteries au lithium étaient effectivement interdites, cela concernerait également les appareils photos ou les téléphones portables !
En plus, lors de la réservation de mon billet en ligne, j’ai eu la possibilité de sélectionner « Wheelchair with Lithium-ion battery » dans la liste des différentes aides à la mobilité pouvant être transportées… Et cette mention apparaît même sur ma carte d’embarquement !
Je me résigne à aller au Ticket Office, où je ré-explique patiemment toute la situation aux employés, en leur disant qu’il doit y avoir un problème de leur côté, et j’attends une demi-heure pendant qu’ils téléphonent…
Je commence tout doucement à stresser. S’ils me confirment que je ne peux pas embarquer, vu le prix du billet (8€ l’aller), j’aurai tout juste de quoi me payer un sandwich. En plus, mon fauteuil est cassé : la veille, la fourche d’une des roues avant s’est brisée, et avec trois roues, je suis évidemment plutôt limitée dans mes déplacements.
Un employé me demande si mon fauteuil est bien le même qu’aller. Question absurde ! Comme si j’allais changer de fauteuil pendant mes vacances à l’étranger…
Quelques minutes plus tard, ouf, le problème semble réglé ! J’ai le droit d’embarquer avec mon fauteuil, puisque j’ai pu faire le trajet aller avec celui-ci.

Je retourne donc au check-in, avec le sourire. L’employée, toujours aimable comme une porte de prison, me demande de compléter deux feuilles d’informations sur le fauteuil et sa batterie. Elle décide ensuite de regarder la batterie… Bam, re-problème ! Celle-ci est apparemment trop puissante, et je ne peux finalement pas embarquer ! Pourtant, plusieurs étiquettes précisent que la batterie répond aux exigences de sécurité fixées par les organisations internationales de transport aérien, et qu’elle est donc classée « Non restricted ». Mais malgré mes explications, rien à faire… Les employés ne m’écoutent toujours pas et refusent obstinément de regarder mes mails de confirmation.

Lithium battery wheelchair

Là, je commence sérieusement à stresser… J’ai l’habitude des galères en voyage, mais cette fois, j’ai bien du mal à rester zen… Enfin, de toute façon, je n’ai pas trop le choix puisque je n’ai malheureusement pas la force de crier !
J’envoie tout de même un SMS à mes parents pour les informer de la situation, et je demande à ma mère de contacter mon assistance (qui ne pourra malheureusement rien faire, à part me suggérer d’acheter un autre vol pour le lendemain, avec une compagnie « classique »).

Les minutes passent, la file du check-in diminue, les gens passent à côté de moi en se demandant pourquoi je reste là. À trente minutes du décollage, je suis toujours là, seule devant le comptoir, et mon espoir de rentrer chez moi ce soir a pratiquement disparu.
Je tente une offensive : « Si vous interdisez à une personne handicapée d’embarquer dans un avion pour rentrer chez elle, et que vous l’abandonnez à l’étranger, seule et sans argent, vous risquez d’avoir de très gros ennuis… »
Visiblement, mes menaces ne suffisent pas à les impressionner. Les coups de fils continuent. En hongrois évidemment, je ne comprends rien. Finalement, la charmante employée m’annonce : « On va demander une autorisation exceptionnelle au commandant, mais on ne peut pas vous garantir qu’il acceptera… »
Au pas de course, je suis un agent d’assistance à travers les contrôles de sécurité, où je reste bloquée dix minutes de plus à cause d’une bouteille d’eau que je n’ai pas eu le temps de vider. Bien sûr, pas le temps d’aller aux toilettes non plus.

Il ne reste que cinq petites minutes avant l’heure théorique du décollage. Installée dans le lift « spécial PMR », sur le tarmac, j’attends la décision finale du pilote. Les minutes semblent durer des heures.
Enfin, la nouvelle tombe : « Le commandant a accepté ». Ouf. Je peux rentrer chez moi.
J’entre enfin dans l’avion, avec ma batterie. Tous les autres passagers sont déjà installés.
L’avion décolle, et ce n’est qu’à ce moment-là que les larmes finissent par arriver. Ma première pensée, une fois dans les nuages ? « Ryanair et moi, c’est fini. »

View Budapest Danube plane

En arrivant à Charleroi, je demande à parler au commandant. Coup de bol, il est francophone. Je lui résume ce qui s’est passé à l’aéroport, et lui fait part de mon incompréhension. J’apprends alors qu’il a pris personnellement la responsabilité de me laisser embarquer avec un objet dangereux et interdit. En effet, dans ce genre de situation, c’est lui qui a le dernier mot. Et s’il a accepté, c’est uniquement parce que j’étais seule, et qu’il s’agissait de mon vol retour !
Mais comment expliquer cette règlementation totalement incompréhensible ? Apparement, depuis les attentats, les règles sur les produits dangereux sont devenues de plus en plus strictes. Ça me fait tout doucement rigoler… On interdit à des personnes handicapées de voyager avec leur fauteuil roulant, outil indispensable à leur mobilité, mais à côté de ça, on laisse encore des terroristes embarquer avec des bombes, ou même travailler dans les aéroports !
Et puis, si les règlements changent tous les 6 mois, vu le prix d’un fauteuil roulant (5000 à 15.000€), une PMR ne peut évidemment pas se permettre d’en acheter un nouveau si régulièrement !

Ensuite, le pilote m’explique qu’on ne lui a demandé son autorisation qu’un quart d’heure avant le décollage. « Si on m’avait prévenu deux heures avant, j’aurais eu le temps de remplir des papiers pour faire une dérogation en règle ». Il est tout étonné d’apprendre que je suis arrivée au check-in avec 3h30 d’avance ! Visiblement, certaines personnes ont mal fait leur boulot. Alors que moi, de mon côté, je fais toujours le maximum pour bien organiser mes déplacements. J’ai contacté la compagnie aérienne deux semaines avant mon vol aller, j’ai insisté pour obtenir des confirmations écrites, et pas seulement des formulaires, et je me suis débrouillée pour être à l’aéroport le plus tôt possible…
Enfin, à mon hypothèse « Ils ont peut-être accepté parce qu’ils n’avaient pas envie de me payer une chambre d’hôtel », le commandant lève les yeux au ciel. « Vous êtes bien optimiste… Avec Ryanair, tout ce que vous pouviez espérer, c’était le remboursement de votre billet ! ». J’aurais donc du me débrouiller pour payer un taxi, une nuit d’hôtel, et trouver un nouveau billet d’avion, avec une autre compagnie, pour le lendemain !
J’avais déjà plusieurs raisons de boycotter Ryanair, mais cette fois c’est décidé : plus jamais je ne voyagerai avec eux !

Blandine

4 Commentaires

  1. C’est absolument scandaleux et j’en suis navrée !

  2. Ryan air non merci ! et de plus il est dit qu’il ne remplisse les réservoirs de fuel que juste pour le voyage prévu, imaginez que pour des raisons quelconques le vol soit détourné y aura t
    il toujours assez de fuel pour atterrir qq part ???

  3. Retour Ping2016 en quelques mots et photos - Jolis Voyages

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