Christiania, l’autre Copenhague : Et si une société meilleure était possible ?

Christiania Copenhagen

Après Amsterdam et Hambourg, Copenhague était la 3eme étape de mon tour d’Europe. Lors de mes recherches sur la capitale danoise, j’étais tombée sur ceci : « Christiania, une société autogérée alternative, où la drogue est en vente libre, où les armes et voitures sont interdites, et où chaque habitant contribue au bien-être de la communauté. »
De quoi piquer ma curiosité !
Et moi qui n’allais voir quasiment que des capitales, que des monuments ultra-célèbres pendant ces 40 jours de voyage, je voyais là une belle occasion de découvrir un endroit qui sortait des sentiers battus… Vous me suivez ?

Christiania Copenhagen

30 juillet 2016, 14h

Après un délicieux brunch au Café Norden, je quitte le coeur touristique de la ville en traversant le pont Knippelsbro. Jusque là, pas de surprise : le petit port de Christianshavn ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Nyhavn, les touristes en moins. Je tourne à gauche dans la rue Prinsessegade, une rue résidentielle plutôt banale, et quelques dizaines de mètres plus loin, je me retrouve soudainement plongée dans une ambiance totalement différente. Un air de guitare, quelques hippies qui semblent tout droit sortis des années 70, des gens de tous les âges, des sourires : je sens que la visite va me plaire. Je passe sous l’arche qui signale la frontière symbolique entre Christiania et le reste du monde : cette fois, ça y est, je ne suis plus à Copenhague.

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Quelques minutes plus tard, nos deux guides, résidents de la communauté, se présentent. Une dame pour la visite en danois, un homme pour celle en anglais. Je rejoins donc un groupe d’une quinzaine de visiteurs (allemands, anglais et américains, je suis la seule francophone) et fait la connaissance de Leif, qui sera notre guide pour les prochaines 90 minutes.
Leif est arrivé à Christiania en 1971. Il a quitté la communauté en 1991, avant de revenir s’y installer 10 ans plus tard.
Avant de commencer la visite, il nous raconte l’histoire de la cité et son fonctionnement.

Christiania Copenhagen

Christiania a été fondée en 1971 par un groupe de de hippies qui rêvaient d’une société meilleure. À cette époque, la ville connaissait une importante pénurie de logements disponibles : les listes d’attente pour obtenir une maison atteignaient 30 ans ! Les premiers habitants se sont donc installés sur les terres d’une ancienne caserne militaire. La population a rapidement augmenté pendant les premières années, et aujourd’hui, la communauté compte environ 1000 résidents (dont 250 enfants) sur un territoire de 34 hectares.

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La constitution de Christiania comporte 9 lois :  celles-ci interdisent notamment les armes, la violence, les voitures, les gilets pare-balles, la vente de feux d’artifice et le vol.
Ici, il n’y a pas de propriété privée : les maisons appartiennent à la communauté. Quand un habitant s’en va, il prend ses affaires et sa maison est donnée à quelqu’un d’autre.
Bien que la communauté ne soit pas entièrement indépendante du monde extérieur, elle compte une école, des bains publics, un cinéma, un service de ramassage des déchets, et de nombreux bars et restaurants.
Les Christianites ont également leur drapeau (3 ronds jaunes sur fond rouge, qui symbolisent les points de trois « i » de Christiania) et utilisent leur propre monnaie, équivalente aux couronnes danoise.
Ces dernières années, le gouvernement danois a progressivement réduit le statut autonome de la communauté. Les résidents doivent désormais payer les mêmes taxes que les autres habitants de Copenhague, et sont contraints de verser un loyer à l’Etat, qui est le propriétaire officiel de leurs terres.

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Et la drogue dans tout ça ? Pourquoi Christiania a-t-elle une telle réputation ?
Dans les années 70, les fondateurs de la cité pensaient que le monde serait meilleur si tout le monde fumait. Les drogues dures y étaient donc en vente libre, mais les dégâts (souvent mortels) provoqués par celles-ci ont entraîné des conflits au sein de la communauté. La police et le gouvernement menaçaient également de détruire le quartier si le commerce se poursuivait.
La vente et la consommation de drogues dures ont donc été formellement interdites. Aujourd’hui, seule la vente de cannabis est autorisée, mais celle-ci est très réglementée : les stands ne se trouvent que dans une seule rue (Pusher Street), et doivent obligatoirement être tenus par des habitants.

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Notre visite commence d’ailleurs par cette fameuse Pusher Street. Leif nous rappelle quelques règles importantes : ne pas courir, ne pas prendre de photos. Moi qui n’y connais absolument rien à la drogue (et je ne compte pas profiter de l’occasion pour y « goûter »), je me contente d’observer cet étrange business « interdit mais autorisé ». Les vendeurs ont tous le visage masqué et portent des lunettes de soleil. La clientèle est un mélange de locaux habitués et de visiteurs curieux. Les produits (herbe, biscuits, bonbons) sont exposés sur des tables, et les transactions se font dans une ambiance relativement détendue, comme lorsque vous achetez un petit gâteau à la boulangerie du coin.

Christiania CopenhagenChristiania Copenhagen Christiania Copenhagen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais Pusher Street, ce n’est qu’une infime partie de Christiania.

Notre guide nous emmène dans un des deux entrepôts de recyclage. Ici, les habitants peuvent venir chercher tout le nécessaire pour équiper leur maison : meubles, ustensiles de cuisine, matériaux de construction, objets de décoration,…
Leif nous parle aussi des nombreux évènements culturels, qui rythment la vie des Christianites. Chaque hiver, un marché de Noël est organisé. Et le soir du réveillon, un immense dîner gratuit est préparé pour 1500 personnes : tout le monde peut y participer !
Nous passons devant le petit cinéma, qui propose des films 3 fois par semaine. À présent, on est bien loin de l’animation qui règne près de l’entrée et de Pusher Street. Les petites ruelles sont calmes, ombragées, bordées de maisons en bois colorées. Au bord de la rivière, on découvre une plaine de jeux d’un autre âge, un terrain de foot improvisé, et l’école maternelle et primaire du quartier. D’après notre guide, celle-ci est nettement moins bien équipée que les écoles danoises habituelles, car elle ne bénéficie pas des mêmes subventions. Peu importe, les enfants ont l’air heureux et foncent sur leurs petits vélos à travers ces allées interdites aux véhicules motorisés.

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Nous arrivons ensuite dans la partie la plus ancienne de Christiania. Les maisons sont jolies mais les conditions de vie des premiers habitants devaient être difficiles : pas d’électricité, pas de chauffage, pas d’eau courante. Aujourd’hui, des travaux ont été réalisés et la plupart des résidents ont accès aux différents réseaux.

Une imposante maison ronde attire mon regard : c’est la Banana House, qui accueille une organisation venant en aide aux personnes handicapées. Visiblement, les plus faibles n’ont pas été oubliés ! Leif nous explique : « Tous les habitants doivent participer à la vie de la communauté, mais pas nécessairement de la même manière. Chacun contribue à hauteur de ses moyens financiers et physiques. »

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Après une petite pause « crème glacée sous le soleil », nous terminons la balade par un passage devant une fabrique de vélos. J’apprends que c’est ici, à Christiania, que les fameux vélos à trois roues, qu’on voit partout à Copenhague, ont été inventés. Ils sont tous fabriqués ici, et aujourd’hui, ils s’exportent dans toute l’Europe !

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Notre visite s’achève là où elle a commencé, devant l’arche de Christiania. L’esprit apaisé, heureuse d’avoir pu découvrir cette communauté de mes propres yeux, et à travers les paroles d’un de ses membres, je retourne, un peu à contre-coeur, dans le « monde réel ».
Aujourd’hui encore, 10 mois plus tard, les instants que j’ai passé là-bas sont profondément inscrits dans ma mémoire.
Et finalement, quand j’y repense, cet endroit ressemble au village des Schtroumpfs qu’à un Eldorado pour drogués.

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Si vous partez bientôt à Copenhague, je ne peux que vous conseiller de passer une heure ou deux dans Christiania. Le quartier peut se visiter seul, mais si vous en avez la possibilité, je vous recommande vivement de participer à une visite guidée : ce n’est vraiment pas cher (40 couronnes, environ 5€), et les guides sont tous des résidents qui vous apprendront plein de choses sur la communauté, et se feront un plaisir de répondre à vos questions. Les visites ont lieu tous les jours à 15h en été (de fin juin à fin août), et chaque samedi et dimanche le reste de l’année.
Plus d’infos sur ce site

J’espère que cet article vous aura donné envie de découvrir Christiania. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à laisser un commentaire !

Blandine

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