Rencontres ordinaires avec des inconnus extra-ordinaires

David&moi-Prague

Tous les voyageurs solo vous le diront : quand on voyage seul, on n’est jamais vraiment seul.

Et mon fauteuil roulant, qui rend parfois mes déplacements plus ou moins compliqués, est aussi un outil qui bien souvent favorise les rencontres ! C’est vrai qu’une fille qui voyage seule, en fauteuil roulant, c’est plutôt inhabituel et ça interpelle les gens… D’ailleurs, le dit fauteuil est souvent l’élément déclencheur d’une rencontre : lorsque je demande un coup de main ou un renseignement à quelqu’un (toujours avec le sourire, évidemment 😉 ), la plupart des gens n’hésitent pas à engager la conversation en me demandant d’où je viens, ce qui m’a fait venir ici,… Les locaux en profitent pour me donner des conseils sur la ville ou leurs bonnes adresses, et les autres voyageurs partagent avec moi leur itinéraire et leurs impressions. Parfois, la conversation se poursuit autour d’un verre ou d’un bon repas typique !
Évidemment, je reste prudente en sachant bien qu’il ne faut pas faire confiance à n’importe qui (je ne suivrais jamais un inconnu chez lui par exemple), mais après avoir pas mal voyagé en Europe et aux États-Unis, j’en suis arrivée à la conclusion que 95% des gens qu’on rencontre ne nous veulent que du bien. Ceux qui ont des mauvaises intentions sont finalement plutôt rares !

Voici donc, au hasard, trois rencontres de cette année 2015 qui sont restées dans ma mémoire…

Un géant australien au château de Prague

 
Lundi 10 août, Prague.

Aujourd’hui est l’une des journée le plus chaudes de mon tour d’Europe. Après la longue ascension d’une rue pavée et escarpée, j’arrive enfin aux portes du château de Prague. Depuis l’esplanade, la vue sur la ville est magnifique. Seule une grosse marche me sépare d’un point de vue où je pourrai prendre quelques belles photos… Comme d’habitude dans ce genre de situation, je demande donc, au hasard, à une personne de mettre en place ma petite rampe portable pour que je puisse franchir cette marche. L’inconnu accepte et propose de me prendre en photo avec mon appareil. Visiblement, il est seul lui aussi. J’apprends alors que l’inconnu s’appelle David, qu’il vient d’Australie et qu’il voyage seul en Europe, en train. Je lui explique mon itinéraire et lui confie que l’Australie est un pays qui me fait rêver depuis des années. On continue la conversation, et sans vraiment se poser la question, on décide de visiter ensemble les différentes parties du château. Pour être honnête, les intérieurs (payants) ne sont pas toujours exceptionnels, mais l’accessibilité est étonnamment satisfaisante et la compagnie de David très agréable. Malgré la différence d’âge, on a visiblement les mêmes habitudes de voyage (en train et sac au dos) et le même intérêt pour les vieilles pierres. Rapidement, je remarque que les portes du château semblent trop petites pour mon compagnon australien… normal, il mesure près de 2 mètres (et chausse du 53 !) ! L’avantage, c’est qu’il voit par-dessus les autres touristes et m’aide à me frayer un chemin dans la jolie mais bondée Ruelle d’Or.
Après deux bonnes heures de visite, c’est le moment de se séparer : David quitte Prague en train ce soir, direction l’Angleterre avant de retourner chez lui, à Sydney. Nous échangeons nos adresse e-mails, promettons de nous envoyer quelques photos, et partons chacun de notre côté. Le soleil brille toujours, c’était décidément une belle journée !
Aujourd’hui, je suis toujours en contact avec David, qui m’aide notamment à préparer mon futur voyage… Voilà, ce n’est plus un secret pour personne : en 2016, direction le pays des kangourous, des surfeurs et des barbecues ! (J’aurais pu dire aussi « des araignées, des méduses mortelles et du vegemite », mais avouez que ça fait moins carte postale…).

Soirée mémorable à Porto

 
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Dimanche 13 décembre, Porto.

Pour cette dernière soirée à Porto, j’ai décidé d’aller visiter le Musée d’Art Contemporain Serralves. J’ai déjà parcouru les rues du centre en long et en large, et en plus, il pleut, alors un petit tour un musée est probablement la meilleure chose à faire (surtout qu’en général, j’aime bien l’art… En général !).
Sauf que le musée n’est pas si évident à atteindre… Après une demi-heure de métro, j’arrive à la station Casa da Musica. La nuit est déjà tombée, et je repère difficilement l’arrêt du bus qui doit me conduire au musée. Sur les 4 bus qui vont dans la bonne direction, 2 sont « théoriquement » accessibles aux PMR. Théoriquement, car dans la pratique, le premier qui arrive n’est pas adapté, et le chauffeur refuse de m’y laisser monter, sous prétexte qu’il n’y a pas d’emplacement sécurisé pour mon fauteuil (alors qu’il y a largement assez de place) ! Après 40 minutes d’attente, un bus adapté arrive enfin : pas de bol, la rampe ne fonctionne pas (les mêmes qu’à Bruxelles et Marseille, peut-être ?). Heureusement, deux passagers proposent de porter mon fauteuil, et le chauffeur accepte cette fois-ci de me laisser monter ! Je profite du trajet pour discuter avec un sympathique Brésilien, expatrié à Porto depuis quelques mois, qui n’habite pas très loin du musée et décide de m’accompagner jusqu’à l’entrée. Sa présence sera la bienvenue vu que le musée est à 10 minutes de marche de l’arrêt de bus, que les trottoirs ne sont pas tous abaissés, qu’il fait noir et que je suis donc obligée de circuler avec mon petit fauteuil sur une route où les voitures vont à 50 km/h ! Après ce petit moment de stress, j’arrive finalement à destination, trempée mais vivante, et je remercie mon « sauveur Brésilien » 🙂

En une heure, je fais rapidement le tour des différentes expositions, qui ne sont malheureusement pas vraiment à mon goût : peu de peintures, pas mal de mises en scène étranges, de vidéos et de photos plutôt spéciales…
J’ai un peu l’impression d’avoir perdu ma soirée, et je me résigne à rentrer à mon hôtel.
Un peu inquiète à l’idée de refaire le chemin toute seule, je demande aux personnes qui sortent du musée si elles accepteraient d’aller avec moi jusqu’à l’arrêt de bus, mais toutes me répondent qu’elles partent en voiture ou en taxi. Un agent de sécurité décide alors de m’aider à trouver un « guide », et quelques minutes plus tard, bingo ! Deux jeunes prennent eux aussi le bus jusqu’au centre-ville. Ils m’accompagnent jusqu’à l’arrêt, m’aident à monter et descendre des trottoirs, et portent mon fauteuil dans le premier bus venu : le chauffeur a à peine le temps d’expliquer que son bus n’est pas accessible, que je me retrouve déjà à l’intérieur !
Je fais ainsi connaissance avec mes deux compagnons d’un soir, qui me remercient pour cette petite séance de musculation improvisée (!) : Jonas est allemand, il est venu en stop depuis Lisbonne (où il travaille) et reste 3 jours à Porto pour visiter la ville. Gonçalo est portugais, il vit à Porto et organise des voyages sur-mesure pour les étrangers qui souhaitent découvrir le Portugal.
À l’arrivée au terminus, mon fauteuil descend du bus aussi vite qu’il y est monté. Alors que je me prépare à rentrer à mon hôtel et que j’hésite entre un MacDo et un sandwich pour terminer mon séjour, les deux jeunes hommes me demandent si j’ai envie de venir manger avec eux : évidemment que oui ! Nous passons alors la soirée dans un tout petit restaurant portugais, peu visible de l’extérieur, mais confortable et servant une cuisine 100% locale. Je me régale d’un assortiment de fromages du pays (accompagnés de miel et de confiture), de chorizo, de riz et de légumes… Bien meilleur qu’un MacDo ! J’apprends que Jonas, qui a mon âge, a déjà vécu pas mal d’expériences à l’étranger : projets associatifs au Brésil et en Inde, échange scolaire à Hawaï, stage en entreprise en Chine,… Lui aussi aime voyager seul, et m’avoue que les gens qui l’ont pris en stop étaient assez surpris de voir un jeune homme voyager seul… Alors que dire d’une fille, qui en plus est en fauteuil roulant ! 😉
Gonçalo, lui, a fait des études artistiques à Londres avant de revenir au Portugal et d’y ouvrir une agence de voyage avec sa mère (parce que « l’art, c’est joli mais c’est difficile d’en vivre » !). Il est passionné par son pays et me convainc d’aller un jour découvrir Lisbonne.
Les heures passent trop vite, et déjà, je salue mes nouveaux amis grâce à qui cette dernière soirée à Porto aura finalement été plus que réussie !

Ma première « mauvaise rencontre »… qui n’en était pas une !

 
Lundi 14 décembre, Porto.

Il est 06h30, les rues de Porto sont encore désertes mais c’est déjà l’heure pour moi de rejoindre l’aéroport. J’entre dans la station de métro, essaye d’acheter un ticket… Petit problème, le ticket coûte 2€ et je n’ai plus qu’ 1€80 en pièces. Ma carte de crédit est refusée (l’automate n’accepte que les cartes portugaises), et mon billet de 20€ n’est pas reconnu (probablement parce que c’est un « nouveau modèle ») ! N’ayant pas très envie de frauder (les amendes sont apparement fréquentes et élevées), je demande à l’unique personne présente dans la station si elle peut m’échanger mon billet contre des pièces. Celle-ci ne parle pas un mot d’anglais mais semble comprendre mon problème : elle n’a pas de quoi échanger mon billet mais me fait signe de rester là en attendant qu’elle aille l’échanger (où ?). Je la suis, et une fois dans la rue, l’inconnue commence à courir : j’essaye de la rattraper, mais mon petit moteur ne suffit pas… Et d’un coup, je comprends : je viens de me faire voler 20€. Quelle andouille je suis, laisser partir quelqu’un avec un billet ! J’essaye de relativiser, ce n’est que 20€, mais je me sens tellement idiote ! Je continue malgré tout à la suivre, j’ai envie de crier, mais crier quoi ? Comment dit-on « au voleur » en portugais ? Je la vois entrer dans une boulangerie, puis ressortir, toujours avec le billet en main. J’arrive enfin à sa hauteur, elle me regarde d’un air désolé. Ce que j’avais pris pour un vol était en fait une incroyable démonstration de gentillesse, de la part d’une inconnue qui ne parle même pas ma langue et allait peut-être arriver en retard à son travail en essayant de m’aider. Je suis sous le choc.
Je récupère mon billet, la remercie et essaye de lui expliquer que je n’ai plus le temps, que je dois prendre un avion. Je retourne à la station et monte dans le métro (sans payer, mais heureusement je ne croiserai pas de contrôleur), encore abasourdie par ce que je viens de vivre ces 5 dernières minutes.
Cette « presque mauvaise rencontre » m’apprendra à être encore plus prudente à l’avenir, mais me démontre une fois de plus que les bonnes personnes sont bien plus nombreuses que les mauvaises…
 
Et vous, avez-vous déjà fait de belles rencontres au cours d’un voyage ? Avez-vous gardé le contact avec des personnes rencontrées à l’étranger, les avez-vous revues ? Racontez-moi !

Blandine

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